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« A Tobor, la troisième religion c’est le reboisement ! »

A Tobor, village situé à 10 km de Ziguinchor, on plante de 7 à 77 ans ! (Crédit Maxime Le Hégarat)

C’est à Tobor, village situé à une dizaine de kilomètres de Ziguinchor, que l’Oceanium a débuté ses premiers reboisements en 2006. Depuis, les quartiers et les associations s’organisent quotidiennement pour sauver leur mangrove, des millions de palétuviers ont été plantés, et le reboisement est prêché dans les moquées et l’église du village.

L’histoire remonte à 2006. A l’époque, Haidar El Ali souhaite restaurer une parcelle de mangrove en Casamance, région qui a perdu près 67 000 hectares de cet écosystème en 30 ans. Les raisons sont multiples comme la sécheresse des années 70, la montée du sel, la construction des routes, etc. Qu’importe, Haïdar veut inverser le cours des choses et redonner vie à cette mangrove qui était autrefois abondante. Pour cela, il charge Nadine Tilleul, anncienne coordinatrice de l’Oceanium en Casamance, de trouver un site dégradé et visible par tous. « L’objectif était bien évidemment de planter avec les villageois, se souvient Haidar, mais aussi de montrer le résultat de notre travail au plus grand nombre ».

« Comme un cadeau qui nous tombe du ciel »

Après quelques jours à sillonner les pistes de Casamance, Nadine trouve à Tobor une parcelle « idéale », située en bordure de route qui mène à Ziguinchor. « La première fois qu’elle est venue à notre rencontre, nous avons adhéré immédiatement à sa proposition de reboisement, raconte Xavier Niandio, secrétaire de l’association des jeunes de Tobor. Cela correspondait exactement aux problèmes que nous avions soulevés lors du congrès annuel du village. C’était comme un cadeau qui nous tombe du ciel ! » Les premières réunions organisées avec les responsables du village, c’est la question des semences qui se pose. La mangrove de Tobor étant trop dégradée pour en fournir, où en trouver ? C’est finalement la jeunesse d’Oussouye qui se mobilise pour les collecter. Une fois les propagules acheminées à Tobor, les villageois s’organisent pour leur premier reboisement. « Haidar ne pensait pas qu’il y aurait une forte mobilisation. Il voulait faire venir des gens de Ziguinchor et d’Oussouye. Mais tout le monde a répondu présent, l’engagement du village était entier ! », se réjouit Xavier. Résultat 65 000 palétuviers sont plantés par les villageois, le geste est fort et l’émotion est au rendez-vous. « Lorsque j’ai vu le chef de village versé une larme parce qu’il venait de planter, j’ai compris ce jour là que nous avions gagné le combat », se rappelle Haidar.

Le rétablissement des ressources halieutiques

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A Tobor, un comité de villageois s’est organisé pour le suivi des plantations. (Crédit Hellio & Van Inegn)

Depuis ce jour, le village de Tobor et l’Oceanium ont reboisé ensemble des millions de palétuviers sur une surface avoisinant les 300 hectares. Les bienfaits du reboisement sont indéniables comme nous l’indique Albert Seydi, coordonateur de la zone du Calounaye et originaire du village : « Les ressources halieutiques reviennent progressivement comme les huîtres et les poissons, qui sont de plus en plus abondants. Nous retrouvons aussi des espèces qui avaient disparu de nos bolons. Sans oublier le rôle de barrage naturel des palétuviers contre le sel qui nous a permis de récupérer 18 hectares de rizières la saison dernière. » Pour cette nouvelle campagne, les quartiers de Tobor reboisent à tour de rôle durant la semaine, et l’on peut même sentir une certaine compétition entre ces derniers… « Chaque quartier veut être le meilleur ! Ils ont abandonné le football pour planter, c’est un vrai championnat », rigole Joseph Thiabo, responsable de zone à l’Oceanium. Sauf lorsqu’il s’agit de consacrer une journée de reboisement pour la mosquée ou pour l’église, à l’appel de l’Iman et du curé. « C’est en effet tout le village qui se mobilise, assure Samsidine Badji, l’iman de Tobor. Je demande d’ailleurs à mes fidèles d’inviter nos amis catholiques à venir reboiser ensemble. La protection de notre environnement doit se faire dans la solidarité et l’harmonie, car c’est nous tous qui en bénéficions ensuite ». Un message que partage complètement Louis Biagui, le chef de village, qui n’hésite à pas dire « que la troisième religion à Tobor c’est le reboisement ! ».

Article de Maxime Le Hégarat, paru sur le site afrique-environnement.info

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